Quel avenir pour Help India ?

Je vous invite à consulter l’article paru le 7 mai 2017 dans la « Dépêche du Midi ».

A coeur ouvert

De retour de Kavali en Inde où il lutte contre le sida, le Villefranchois André Mâge fait part de ses interrogations quant à l’action humaniste et bénévole sur le long terme.

«Programmer pour Help India un futur dans le contexte général que nous vivons est très difficile», s’inquiète depuis Kavali, dans le sud de l’Inde, André Mâge. Car les actions humanitaires et sanitaires, en particulier inscrites dans la lutte contre le sida, menées par son association ne s’organisant pas d’un claquement de doigt, il doit sans cesse remuer la mare aux canards pour faire croire qu’il y a des têtards.

«Il nous faut d’abord retenir que, depuis plus de dix ans, Help vit en autonomie à 70 % par la production et la vente de kalamkaris et à 30 % par le soutien de nos amis en France, c’est une expérience extraordinaire», consent-il. Grâce à tout cela, ce sont environ 1 000 personnes qui bénéficient de suivis, socialement et médicalement, «sans l’aide d’aucune structure».

Avec sa fougue naturelle, André Mâge sourit : «C’est certainement l’entreprise la plus folle de ma vie, mais la plus exaltante aussi car je sais maintenant qu’il est possible de créer, d’entreprendre, de dégager des bénéfices et de les mettre au service des plus nécessiteux. Rien que pour cela, ces années ont été du vrai bonheur et une espérance nous montrant que la mondialisation, la globalisation humanisée sans repli sur soi, représentent la seule solution aux maux terribles que traverse notre planète».

Reste le quotidien à gérer. Et l’avenir à préparer. «En avril 2018, nous fermerons Rem Kandukur, ne pouvant plus assumer le coût de deux hôpitaux, tant en moyens financiers qu’en hommes», précise André. Et en mai 2018, un seul dispensaire-hôpital fonctionnera, celui de Kavali, ainsi que l’atelier de kalamkari HKKK et le groupe d’enfants que nous suivons avec les familles en France. Nous ferons tout pour que les patients de Kandukur soient suivis à Kavali. À partir de 2019, nous réduirons la structure de Kavali pour ne conserver qu’une antenne où nous accompagnerons les patients comme conseil. Nous pouvons toujours espérer un miracle qui permettrait de revoir ce plan de restructuration. Si c’était le cas, nous l’intégrerions pour modifier ces mesures, mais il nous faudrait non seulement trouver les fonds, mais aussi les hommes : or, nous constatons que les engagements humains à plein temps et totalement sont devenus très rares, tant en France qu’en Inde», analyse-t-il.

Mais quoi qu’il advienne, il y a cet état d’esprit. «Help India est une micro-expérience qui montre le possible et laisse l’espoir de la construction d’un monde à visage humain, c’est réconfortant : même si nous assistons à un repli sur soi partout dans le monde, repli lié à la globalisation et la mondialisation sauvage au profit d’une poignée de personnes, poursuit André Mâge, ajoutant, j’en suis certain, la globalisation-mondialisation est incontournable, on ne peut pas revenir en arrière. Elle peut être une bonne chose si l’homme accepte de partager et de considérer ‘‘l’autre » non pas comme un étranger perturbateur mais comme une partie de lui-même.

Alors, tout et le meilleur deviennent possibles…».


«Avec réalisme et sans angélisme»

«Je vous en ai déjà parlé : en Inde, comme dans les instances internationales, le VIH/sida est dans le déni total. L’absence de relève humaine en France, comme en Inde, nous oblige à regarder l’avenir avec réalisme et sans angélisme. Sauf miracle, il serait vain de croire que nous pourrions tenir encore longtemps ainsi. Ce qui vient d’arriver en 2016 à Sambu est un signe. Moi-même, à 70 ans, je ressens souvent la fatigue d’un tel engagement, alors il nous faut prendre des décisions de raison», écrivait André Mâge ce 1er mai.

One thought on “Quel avenir pour Help India ?

  1. C’est vraiment triste d’avoir à réduire ce genre de fonctionnement… Le fonctionnement de l’humain, du partage avec l’autre… Trop dommage ! Mais je comprends tout à fait qu’il faille stopper à un moment ou un autre, avant d’arriver au drame où tout le monde se sera épuisé à le garder à flot… Je continue de vous soutenir avec joie et force ! Courage à tous !